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Cette actualité est parue dans le magazine Océans


Le grand requin blanc était abondant en Croatie au début du 20E siècle, il a maintenant virtuellement disparu !

Organisée par l’association Aquascience, la conférence sur les requins de Méditerranée s’est déroulée le 19 février dernier à la faculté des sciences de Nice. L’occasion de faire l’état des lieux des connaissances et des recherches sur les requins dans nos eaux, grâce à la présence du Dr. Alessandro DE MADDALENA, Conservateur de la banque de données italienne sur le grand requin blanc et co-fondateur du Mediterranean Shark Research Group¹, et de Nicolas ZIANI, Président de l’association française A.I.L.E.R.O.N.S.

Les premiers mots échangés avec le Dr Maddalena avant la conférence commencent par ce constat teinté de dépit : « Tu sais, il y a très peu de données sur les requins de Méditerranée, et la plupart des recherches sont basées sur l’étude d’animaux morts ». En cause notamment le manque de crédits pour la recherche en mer. D’où tout l’intérêt d’une démarche comme celle de Nicolas Ziani, qui lui, prévoit d’étudier les requins in situ avec le concours de pêcheurs sportifs pour capturer des individus.

Après une présentation générale de la biologie des requins, on est entré dans le vif du sujet avec l’intervention du Dr Maddalena. On trouve en Méditerranée 50 espèces de requins aux formes (et donc à la biologie) très variées, depuis les requins de fond comme les roussettes ou les anges de mer, aux requins pélagiques comme les requins bleus, mako, renard, et bien d’autres, dont certaines espèces à affinités tropicales comme les requins longimanes et les requins tigres (leur présence étant vraisemblablement liée au léger réchauffement de la Méditerranée). Mais en général, les populations sont très faibles … ou le sont devenues. Dans toutes les mers du globe, les effectifs des populations de requins ont sévèrement décliné en raison des activités anthropiques. En Méditerranée, le constat est le même : le déclin des stocks est mis en évidence par la forte diminution des captures et des débarquements de requins. La Société ichtyologique italienne a récemment présenté des résultats concernant la présence des requins marteaux dans les eaux siciliennes : les prises de ces requins ont diminué de 96 à 98% au cours des 30 dernières années ! Mais aucune initiative sérieuse de collecte de ce type de données n’a été mise en place. Un travail que les autorités gouvernementales et les organisations gestionnaires de pêche se doivent de mener urgemment.

De plus en plus fréquemment maintenant, le requin n’est plus une prise accessoire mais bien une espèce ciblée par la pêche : la consommation de viande de requin (souvent commercialisée sous de fausses appellations) a fortement augmenté avec la chute des stocks de poissons habituellement consommés (thons, anchois, sardines). Selon de récentes statistiques de la FAO², l’Espagne et l’Italie sont, avec la Chine, les principaux importateurs mondiaux de requins ! Et la France et l’Espagne seraient les premiers pays producteurs de requins dans le monde !!!

Dans ce contexte, la gestion et la conservation des requins de Méditerranée nécessitent des programmes d’étude et de recherche conséquents, ainsi que la coopération entre les pays méditerranéens, ce qui est l’objectif du SMRG¹. Le travail de Nicolas Ziani et de l’association Ailerons s’inscrit également dans cette démarche et devrait fournir des données extrêmement intéressantes. Les deux principaux projets d’étude concernent le requin griset d’un côté (un requin des grandes profondeurs), le requin bleu et le requin renard de l’autre, ces derniers étant les deux espèces les plus fréquemment capturées par les pêcheurs sportifs. L’objectif est de capturer des individus, effectuer des mesures biométriques et des prélèvements de tissus biologiques, réaliser des marquages et poser des équipements permettant de suivre leurs déplacements. Ce dispositif, mis en place grâce à des collaborations internationales, permettra de répondre au moins partiellement à quelques unes des nombreuses questions qui demeurent : avons-nous des populations autochtones de ces requins en Méditerranée, quels sont l’état et la dynamique des populations, où se situent les zones de reproduction, … ?

Au final, cette conférence appuyée par de très belles photos donne envie d’aller à la rencontre des requins de Méditerranée. Mais les chances de croiser ces magnifiques créatures restent minces … sauf si vous participez à l’une des expéditions d’Ailerons !

 

¹ Groupe d’Etude des Requins de Méditerranée : http://elasmoworld.org/mediterraneangroup

² Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture

       

            Pour plus d'infos sur les requins de Méditerranée, consultez également le site de longitude 181