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La Grande
Barrière de Corail
Etat des
lieux de la 8ème Merveille du Monde

Nord Queensland – Australie – Mars 2004
L’Australie, île continent mythique dans l’
imaginaire collectif. Un
territoire si vaste que l’on peut être en même temps
en été dans une région et
en hiver dans une autre. Des étendues désertiques
interminables, des forêts sèches,
des côtes sauvages faisant face à l’Antarctique et
aux tempêtes de l’Océan
Austral au sud, à l’Océan Indien à
l’ouest, à l’Océan Pacifique et à la
Mer de
Corail à l’Est. Le Queensland, plus de 3 fois la taille de
la France pour 3
millions et demi d’habitants ( !), s’étend dans
le Nord-Est de l’Australie.
Le Nord de cet état est située en zone tropicale, et la
forêt humide couvre une
grande partie des zones côtières où la
présence d’une chaîne montagneuse bloque
les masses d’air marines poussées par les alizés.
Les précipitations extrêmement
généreuses dans la région de Cairns en
été austral donnent lieu à de
spectaculaires « run-offs » des eaux de
ruissellement qui se jettent
en mer chargées de matières en suspension et,
accessoirement hélas, en
polluants divers d’origine agricole.

Mais le Queensland est plus réputé pour une formation biologique étonnante,
visible de l’espace, la Grande Barrière de Corail. Deux mille km de long, soit
de Londres à Porto, et plus de 2700 récifs distincts. La Grande Barrière est en
effet un ensemble discontinu de récifs coralliens d’origines diverses. Les récifs
les plus éloignés (« outer reefs ») délimitent en fait le plateau
continental australien. Lors du dernier âge glaciaire, il y a 17000 ans, le
niveau des mers était plus bas de 120m, et ces récifs sont d’anciens récifs
frangeants qui ont suivi la montée progressive des eaux et se sont retrouvés éloignés
de la ligne de côte qui dans le même temps se déplaçait vers l’actuel continent.
Les autres types de récifs sont les récifs frangeants près des côtes et autour
des îles continentales, et les récifs plateforme (avec présence ou non d’une île
formée par l’accumulation des débris les plus fins après érosion du récif) liés
initialement à un accident topographique du plateau continental.
La Grande Barrière de Corail constitue la principale ressource économique
du Queensland, l'industrie touristique générant chaque année 4.2 billions de dollars.
Cairns est le chef lieu des départs pour les récifs, avec le « reef fleet
terminal », une sorte de hall d’aéroport où l’on fait la queue pour
prendre son billet pour le reef. Dans la grande majorité des cas les bateaux
sont de taille plus que respectable et emmènent entre 100 et 400 passagers pour
les plus gros. On est loin de la sortie en zodiac semi-rigide de nos clubs
hexagonaux. Heureusement certains opérateurs conservent une dimension humaine
et proposent des sorties réellement orientées plongée plutôt qu’une baignade
PMT au récif. La qualité des plongées est extrêmement variable, le très bon côtoyant
dans certains cas le mauvais. Cette variabilité reflète celle entre des récifs
pourtant parfois peu éloignés mais qui ont pu subir des dommages considérables
par l’action conjuguée ou non de différents facteurs, naturels ou anthropiques.
De sérieuse menaces
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A gauche: cet Acropora est d'un blanc étincelant, il est en danger de mort.
A
droite: l'étoile de mer épineuse Acanthaster Planci peut
devenir un fléau pour les récifs lorsque le nombre de ces
animaux explose. |
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La Grande Barrière de Corail doit en effet faire face à de nombreuses
menaces. Parmi celles-ci, beaucoup relèvent d’un problème à l’échelle mondiale
comme le blanchissement des coraux lié au réchauffement de la planète, la
pollution, la déforestation, la surpêche et les techniques de pêche
destructives, le tourisme intensif, … Des problèmes spécifiques apparaissent
ensuite pour chaque région, comme la pêche à l’explosif en Indonésie ou la pêche
au cyanure et le Muro Ami aux Philippines. Dans le cas de la Grande Barrière,
les 3 menaces majeures sont la surpêche, la pollution des eaux par l'activité humaine
en zone côtière, et le blanchissement des coraux lié au réchauffement de la
planète.
La pêche intensive et l'introduction de pêcheries commerciales dans
le Parc Marin a considérablement diminué l'abondance de nombreux organismes
marins, y compris des animaux charismatiques comme les dugongs et les tortues. Les
observations de dugongs (aussi surnommés vaches marines) il y a un siècle
faisaient état de véritables "troupeaux" de milliers d'individus. L'apparition
d'une industrie d'huile de dugong a conduit à la raréfaction de ces gros mammifères.
Et même s'ils sont protégés depuis 1967 le repeuplement est lent, car beaucoup
périssent noyés dans les filets. Le nombre de tortues le long de la côte est du
Queensland a également chuté dramatiquement pour la même raison. Par exemple,
l'abondance des tortues caouannes a diminué de 50-80% entre le milieu des années
1970 et 1990. Des indicateurs de surpêche sont clairement identifiables au
regard par exemple de la diminution sensible des prises commerciales de
certaines espèces. Ce qui conduit à terme à l'effondrement de ces pêcheries spécifiques,
un problème rencontré à l'échelle mondiale. A l'heure actuelle le pillage des
stocks de mérous de récifs (coral trout) est un problème inquiétant, avec une
augmentation de 200% des prises commerciales dans ce secteur entre 1995 et 2002
alors que les spécialistes s'accordent à dire que cette pêcherie était complètement
exploitée avec les niveaux de prises de 1996.
La pêche au chalut est un autre problème important qui affecte le
Parc Marin. Bien que des efforts soient menés dans ce domaine, le chalutage
demeure une pratique destructive, surtout dans une zone classée au Patrimoine
Mondial. La prise accidentelle d'autres espèces marines dans les filets de
chalutage correspond à entre 2 et 15 fois la prise des crevettes initialement
visées. La plupart sont rejetées mortes. Le chalutage provoque également des dégâts
irréparables sur l'habitat et pour les espèces benthiques fixées (gorgones,
coraux, éponges, ...).
Enfin, la pêche récréative connaît un essor important dans la région (on
estime à 785000 le nombre de pêcheurs à la ligne), et il devient évident que
l'impact de ce type de pêche n'est plus négligeable.
La
surpêche est une menace sérieuse car elle réduit la
capacité de
regénération des écosystèmes marins. La
diminution de la biodiversité les rend également
plus vulnérables face à d'autres pressions.
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Cette image date de février 2007,
après de fortes pluies. Observez la tâche
brun-verdâtre qui s'étire jusqu'à atteindre les
"outer-reefs" (récifs les plus éloignés) à
près de 150 km des côtes. Nombreux sont ceux qui pensaient
que la pollution ne concernait que les récifs près des
côtes. La preuve que non ! |
La pollution des eaux est
un autre enjeu majeur pour la protection de
la Grande Barrière. Le développement d'activités
agricoles et d'élevages près
des côtes conduit d'une part à la modification de la
végétation native de ces
zones, la forêt humide laissant place aux champs de canne
à sucre ou à des prés
verdoyants, ce qui entraîne une érosion accrue des sols.
Le relargage de sédiments
en mer est de l'ordre de 14 millions de tonnes par an contre 1 à
5 millions de
tonnes il y a plus d'un siècle. D'autre part, on estime
l'augmentation associée
en nitrates et phosphates à au moins 3 fois les valeurs de
l'ère pré-européenne.
Les récifs les plus exposés sont ceux situés
à moins de 20km environ des côtes,
soit à peu près 750 récifs. Les résultats
des réseaux de suivi des récifs
coralliens montrent globalement une altération durable de
l'équilibre écologique
de ces récifs, avec des caractéristiques de
dégradation liées à l'enrichissement
des eaux en nutrients et en matières en suspension. Les coraux
subissent en
effet un stress important lors de forts épisodes pluvieux par
l'apport massif
d'eau douce - les coraux supportent peu les faibles salinités -
et turbide - diminution
de l'intensité lumineuse . Ajoutez la pollution, et le cocktail
devient
explosif pour le récif. Des études récentes ont
montré que les produits chimiques utilisés dans
l'agriculture altèrent notablement la reproduction des coraux ,
et ce même en très faible quantité.
Les épisodes de blanchissement des coraux, rendus plus fréquents
par le réchauffement climatique, provoquent eux aussi un stress des coraux qui
expulsent alors leurs algues unicellulaires symbiotiques, les zooxanthelles,
qui sont responsables de leur coloration souvent marron et qui fournissent 90%
de la nourriture aux polypes. Selon la durée du stress, les coraux sont
capables de recouvrir leurs zooxanthelles ou bien périssent. Mais un effet
pervers de ce blanchissement est que dans le cas où les coraux survivent à cet événement,
leur capacité de reproduction sera notablement altérée. D’où une diminution de
leur efficacité à recoloniser les récifs endommagés. Durant le 20ème siècle,
les eaux de la Grande Barrière se sont réchauffés de 0,3-0,4°C. Et l'on
s'attend à ce qu'elles continuent de se réchauffer à un rythme croissant au
cours du 21ème siècle. Le premier épisode de blanchissement massif a eu lieu en
1998, et c'est en 2002 qu'a eu lieu l'épisode le plus grave jamais observé pour
la Grande Barrière avec 60-95% des récifs surveillés atteints par le phénomène.
Environ 5% des récifs ont été sérieusement endommagés avec entre 50 et 90% de
mortalité des coraux.
La capacité des récifs coralliens à résister à la surpêche, la
pollution et le réchauffement est limitée. D'autant qu'il faut également
compter avec une source d’inquiétude supplémentaire qui concerne les explosions
démographiques d’Acanthaster Planci, une étoile de mer épineuse qui se
nourrit des polypes des coraux. Si les récifs peuvent supporter un certain
nombre de ces animaux, leur présence massive conduit inexorablement à la
destruction des récifs où l’on observe ces agrégations. L’origine de ces
explosions démographiques est encore mal connue, certaines hypothèses
impliquant un enrichissement en nutriments des eaux dus aux activités humaines
favorable à la survie des larves d’Acanthaster. Le problème est
suffisamment important pour avoir généré une action gouvernementale visant à financer
un bateau et des plongeurs pour éradiquer ces prédateurs au moyen de multiples
injections d’un acide faible (tout autour de la couronne tentaculaire et au
centre de cet organisme hydro-propulsé).
La nécessité d'une gestion
environnementale et des ressources efficace
Pour éviter que ce formidable espace ne devienne un cimetière de
squelettes de coraux recouverts d'algues filamenteuses et habité par quelques
groupes épars de poissons. Hier encore les aires marines protégées concernaient
4,6% de la superficie de la Grande Barrière. Depuis le 1er juillet 2004,
ce chiffre est passé à 33%. Un choix politique plutôt bien accueilli par les
Australiens (ils étaient 94% en 2003 à souhaiter un renforcement de la
protection de la Grande Barrière), qui entretiennent un lien très fort avec la
nature. Ce rapport à la nature environnante fait d'ailleurs partie intégrante
de leur identité culturelle.
De nombreux programmes gouvernementaux se mettent en place: la redéfinition
d'un réseau cohérent de "zones vertes" où toutes formes de pêche sont
bannies et seule la plongée est autorisée, le plan de protection de la qualité des
eaux de la Grande Barrière, et la réduction de certains types de pêche. Ces
actions ont été rendues possibles en amont par les différents organismes
environnementaux et scientifiques qui fournissent des données chiffrées aux décideurs,
soit sur la tendance au déclin de certains récifs soit au contraire sur le
recouvrement des populations de coraux et de poissons dans les zones protégées
par exemple. Mais l'argument le plus convaincant est la réalité socio-économique
de la région: l'industrie touristique de la Grande Barrière génère beaucoup
plus d'argent (93% de la valeur brute de production contre 3% pour la pêche
commerciale, pour les activités liées aux récifs) et d'emplois, et devrait
encore se développer. Chaque année, plus de 1,6 millions de visiteurs viennent
voir la Grande Barrière qui constitue l'une des 3 attractions majeures motivant
un voyage en Australie.
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